L innovation ne se réduit pas qu à de bonnes (ou fausses bonnes) idées

S’agissant d’innovation, les entreprises voulant la stimuler commencent souvent par mettre en place des plateformes collaboratives de recueil d’idées, ou au mieux des groupes de créativité lors de session de brainstorming collectif. Et c’est un bon début, mais combien d’entre elles mènent la démarche jusqu’au bout en décloisonnant l’organisation et les employés (pour que les nouvelles idées ne concernent pas uniquement leur propre service ou département), en donnant au personnel le temps d’y participer et de s’y préparer (pour avoir plus d’impact), et en donnant aux collaborateurs de réelles incitations à partager leurs idées (évaluations, primes,…). La conjoncture ne doit pas freiner la créativité et les critères d’évaluation du risque doivent devenir un moteur plus qu’un frein.

L’innovation ne consiste pas qu’à penser «en dehors de la boite » ou en dehors des sentiers battus (« stratégie bleue ») pour reprendre des expressions à la mode. Non, la vraie source d’évolution consiste à se donner les moyens de repérer les idées là où elles sont et sans biais cognitif, et de les susciter là où elles devraient l’être dans une démarche systémique. Mais surtout, elle consiste à créer des habitudes pour que l’innovation fasse partie des routines. Il faut aussi souvent réapprendre à évaluer les initiatives avec les bons critères, et à les mettre en œuvre sans adopter forcément les mêmes démarches que celles auxquelles on est habitués. Sinon que de bonnes idées resteront sur l’étagère…

Des idées il y en a. C’est davantage un problème de reconnaissance dont il s’agit. Les exemples abondent où des entreprises établies avaient identifié les technologies de rupture mais n’ont pas fait la démarche d’aller au bout de la logique et de faire les changements nécessaires dans leur organisation.  En France au niveau de la filière on a aussi l’exemple d’une certaine forme d’ostracisation des startups vs. pôles de compétitivité vs. sociétés de capital risque. C’est pourtant la base même de l’écosystème de création qui est en jeux. Pourquoi repartir d’une feuille blanche plutôt que de mettre en commun ce qui est non stratégique, en se différenciant sur les aspects marquants (qu’il s’agisse du design, de l’usage, ou des modes d’exploitation).

On discute souvent des avantages et inconvénients de la publication des brevets. Mais on a tendance à oublier d’associer ses partenaires et clients à son processus d’innovation. Aujourd’hui certaines sociétés ont mis en place des cellules de CrowdInnovation / OpenInnovation ou d’Outventuring mais ces initiatives sont encore trop rares, et leur rentabilité est encore pour trop évaluée selon des critères propres au business as usual. Les nouvelles applications ne peuvent pas toujours être industrialisés en masse, ni trouver les mêmes débouchés que sur leurs segments de marché classique. De nouveaux partenariats et formes de partage doivent donc prendre forme. Des initiatives telles que l’économie circulaire en sont un bon exemple.

Les idées ne coûtent pas cher, et pourtant beaucoup estiment ne pas avoir suffisamment de budget pour se donner le temps de la création. Mais peut-être est-ce aussi un problème de culture ? Ne voyons nous pas trop de sociétés crouler sous des procédures ou une organisation rigides, et engloutir une partie de leur budget sur des tâches sans valeur ajoutée. La vraie sophistication réside pourtant parfois dans la simplicité et à savoir créer de nouvelles solutions avec une base déjà existante. Libérer la créativité ne consiste pas qu’à investir lourdement en R&D pour trouver de nouvelles avancées technologiques dont on n’est pas sûrs d’y trouver d’autres applications. L’innovation par les idées implique un changement de paradigmes afin d’améliorer les modes opératoires et formules de profit dans une direction qui crée plus de valeur pour ses clients et l’ensemble de la communauté.

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AltaDigm Consulting