Innovation: de quoi parle-t-on ?

En parlant d’innovation, on entend dire qu’il y aurait deux types d’innovations, comme il y aurait deux types d’entreprises : celle trop grosses pour innover, et les autres restant suffisamment ‘agiles’ pour changer.

Mais qu’elles soient grosses ou petites, les sociétés peuvent être à la pointe des technologies et se laisser dépasser, comme le cas d’école Xerox. Les inventions ne sont pas des innovations. Et favoriser les découvertes ne se fait pas sans un processus d’innovation bien réglé. Sinon on n’a tendance qu’à optimiser le statut quo.

Il y aurait aussi deux types d’innovations : celles de rupture (plus technologiques) et celles de business modèle (plus orientées optimisation de la formule de profit ou du marché). Oui même si pour beaucoup l’un est lié à l’autre. En parlant d’innovation on devrait aussi distinguer par secteur : Celui des brick & mortar et celui des nouvelles technologies.

Pour les brick & mortar, ce qu’on a vu comme type d’innovation porte surtout sur une problématique de volume : je peux distribuer au bas de l’échelle dans les pays émergeants (ou non-européens) donc je réduit le coût unitaire.

Pour les sociétés high tech en revanche, la vitesse de mise sur marché est telle qu’elles n’ont pas toujours le temps de construire des avantages difficilement imitables. L’innovation y porte donc plutôt sur de nouvelles solutions répondant au plus près aux besoins et attentes des clients. On peut citer IBM, mais aussi la dernière entrée de Gemalto au CAC 40 qui offre une gamme de services plus intégrés que ses concurrents (où figure pourtant l’inventeur de la carte à puces…).

Il y a donc plutôt deux types de deux types de taille (celles qui ont une force de frappe et celles qui y travaillent), deux types de secteurs, et deux aspects de l’innovation : exploitation/optimisation ou exploration. Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’innovation doit être source d’avantage par les coûts (compétivité ?) ou par le caractère innovant de l’offre (design, confort, performance, accessibilité). Pourtant, quand les prix sont au plus bas et que l’on pense avoir déjà beaucoup optimisé, il ne resterait souvent qu’à trouver de nouveaux débouchés?

Les entreprises ayant déjà atteint leur taille critique ont des ressources pour développer les talents, adapter la structure aux opérations, et améliorer les processus de création-erreur-évaluation. L’innovation vient des hommes qui doivent être motivés et soutenus pour créer (et pas que produire). Elle doit entrer dans l’ADN de la structure, pour que l’inventivité soit favorisée et puisse être exploitée avec le maximum de savoir-faire existants. Il est préférable d’inscrire cette démarche depuis le siège, en assignant des ressources sur une ligne Stratex à plus long terme. Les projets entamés peuvent ainsi être contrôlés avec des critères plus fins que la R&D dont certains passent au bilan et d’autres pas.

Mais la taille et les ressources n’expliquent pas tout : Google était classé 18ème moteur avant de rafler la mise. Son moteur n’était pas forcément plus sophistiqué que le feu français Exalide, mais ils ont su rester au plus simple et aller au plus efficace. Et surtout, ils ont su le commercialiser d’une façon qui arrangeait tout le monde et leur a permis de contrôler la chaîne de valeur entière. Ce qu’il manque peut-être en France serait une vraie communauté de capital riskers. D’ailleurs la place parisienne pourrait peut-être y trouver d’autres modèles d’investissement ? On pourrait ainsi voir apparaître davantage de sociétés innovantes (ailleurs que dans le e-business, qui dégage une faible marge et fait souvent appel aux services de Google).

Il y a donc le phénomène de taille mais il y a aussi la capacité à innover (qui se mesure moins). On cite souvent IBM ou Google comme sociétés qui savent se transformer continuellement. Et a contrario : Xerox ou Blackberry. On pourrait aussi citer en France toutes les entreprises constituées sur une rente historique. Même si certaines on fait naître des projets innovants utilisant de nouvelles technologies, il s’agit souvent plus d’économie de coûts que d’augmentation des marges par création de valeur. Pourtant comme on nous dit souvent, les ingénieurs sont là, et il nous manquerait l’aspect marketing.

Commerciaux ou pas, les pays émergeants co-développent déjà de l’énergie solaire avec des techniques de photosynthèse par exemple. ERDF a préféré se centrer sur le grid (qui est au demeurant une bonne technique pour optimiser le nouveau réseau). Mais, que nous ayons le nucléaire ou pas, on aurait pu proposer aux pays émergeants une solution qui leur économise leur biomasse et préserve notre planète. Le CNRS le savait depuis 2010. La technique a ensuite été reprise par le MIT et le groupe Tata (encore lui) leur a financé les études en 2011.

S’agissant d’innovation, inventer est une condition sine-qua-non, mais non suffisante : il faudrait aussi que les innovations trouvent une culture fertile et un engagement de tous les acteurs. A vrai dire on le sait bien. Ce qui cloche c’est peut-être la gestion du changement, qui ne doit pas se faire qu’en situation de crise mais de façon continue. C’est ainsi qu’on passe du premier type d’innovation (l’optimisation) vers une innovation de conquète.

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AltaDigm Consulting